Chronique 1 de la Page des enfants sur le site SENBAD, « Guney Mbirago yi ! »

 BUUBU NGAARI

Qui ne connaît pas au Sénégal « Buubu Ngari », ce mbalax endiablé magistralement chanté par El Hadji Faye du Super Etoile de Dakar, ex-Ndombo One (sénégalisation du Number One, ancien orchestre de Youssou Ndour, célèbre pour son « yugur yugur, yagar yagar ! ») ?

A défaut de cela (bu dul bii di bee !), qui n’en connaît pas la non moins magistrale reprise de Viviane Ndour, « Sammil », qui a même valu à Tantie un retentissant procès en plagiat ? On sait moins, cependant, qu’il s’agit là d’un très beau conte du terroir sunugalais, sans doute du Ndiambour. Rappelez-vous les belles mélodies pleines de sagesse du Cercle de la Jeunesse de Louga, « Ilimaan ma demoon xaree, te wuute » !

Or donc, pour parler comme Diogaye, feu notre cher premier Président Léopold Sédar Senghor, « Buubu Ngaari », BNG pour faire court, est un conte de chez nous. Mais comme mes maigres réminiscences de nos veillées traditionnelles :

« Leeboon, lippoon,

Amoon na fi, daa na am,

Ba mu amee yaa ko fekke ?

Yaa wax ma degg !

Waxi tey matu la gëm !

Sa jossi ci raw !!! »

 ne me permettent malheureusement pas de vous raconter toute l’histoire de Buubu Ngaari (le concours est ouvert pour les pépés et mémés cachés en notre sein, faites-vous raconter nos contes avant de vous coucher !), je vous invite à lire avec moi Buubu Ngaari comme une…leçon de géographie du Sénégal, puis comme une leçon de chose. 

Lorsque Buubu Ngaari chante :

 Samminaa ba Waalo Mbooj

Sammi naa ba Luga loo

Samminaa ba Jolof Peey

Saaminaa ba neegi Ndangaan, etc…,

 

il ne fait qu’énumérer en somme les anciens royaumes ou cités du Sénégal d’hier (Louga, Kaolack Ndangaan, Waalo, Djolof), ou les différentes régions naturelles de notre beau pays. Voici pour vous l’occasion, mes chers enfants, de « cliquer » tout de suite sur une carte du Sénégal,  pour découvrir ou redécouvrir les paysages de votre pays et vous faire ainsi une idée de la longue transhumance du troupeau de Buubu Ngaari, du Sahel couleur de miel à la savane aux hautes herbes ondoyantes…, souvenir du générique d’une ancienne émission de notre radiodiffusion nationale et…prétexte d’un deuxième concours pour les pépés et mémés des années 40 et 50 - ainsi que pour les amateurs éclairés des générations suivantes, je ne veux pas discriminer ! - : envoyer à notre site le générique complet, le nom et l’animateur de cette jadis célèbre émission !). De la savane du Ferlo donc jusqu’aux forêts ancestrales de la verte Casamance, aux confins du Fouta Djallon où disparut Oumar Foutiyou pour échapper à l’armée coloniale, paysages de notre cher Sénégal tous aussi beaux les uns que les autres !

 

Mais revenons à Buubu Ngaari ! A toutes ses déclarations, « Samminaa ba Njareem…, etc, le père répond inexorablement « Non, tu n’as pas été faire paître les troupeaux » (Baay ni sammiwoo…) !

 

Mais pourquoi donc le père de BNG refuse-t-il d’admettre que Buubu Ngaari, en bon fils courageux et obéissant, ait été si loin, ait véritablement parcouru toutes ces contrées, pour faire paître le troupeau familial ? Croyez- vous que c’est par pure méchanceté ? Par excès d’autorité ? Que non, mes chers enfants ! C’est par volonté éducative ! Oui, pour amener son fils à apprendre sur le terrain, de lui-même, les difficultés du métier de berger, et au-delà, celles du métier d’homme (ou de femme aussi, pas de discrimination, bis !)

 

En effet, lorsque Buubu Ngari chante le refrain de la chanson, « Buubu Ngari tey ma lambee ci jeeri ñang ! »,  il ne se rend pas compte tout de suite que son parcours n’est pas une vaine pérégrination dans le Jeeri, une inutile « traversée du désert ». C’est plus tard qu’il découvrira le sens caché des paroles de son père « sammi woo », car son père cherchait en réalité à lui inculquer le vieux précepte « cent fois sur le métier, remettre l’ouvrage ! ». Il voulait que Buubu Ngari trempe son courage et sa détermination dans la sueur de l’entreprise sans cesse recommencée, toujours à perfectionner. Il voulait le pousser à repousser jour après jour les limites de sa patience, les limites de son endurance, les limites de son imagination.

 

Buubu Ngaari en effet, seul maître après Dieu de cet immense troupeau, devra observer, analyser, soupeser avant de prendre la bonne décision : déjouer les attaques des fauves (lions affamés, rusées hyènes et autres prédateurs), faire boire et manger les bêtes, aider les vaches parturientes à mettre bas, soigner les malades, séparer les fougueux taurillons, récompenser les bœufs chefs de carré qui lui facilitent la bonne conduite du troupeau, et ramener tout ce monde à l’enclos la nuit venue !

N’est-ce pas assez pour devenir bon berger ? N’est-ce pas assez pour devenir meilleur homme, plus tard dans la société des humains !

 

Et Viviane dans tout cela, me direz-vous ? Eh bien, Viviane n’a pas démérité car elle a bien pris compris que malgré ses récriminations, Buubu Ngaari devait continuer à mener son troupeau et son bonhomme de chemin : « Sammil, yow sammil, man dinaa sammi ! ». Mieux encore, Viviane ajoute une autre dimension à la « morale » de l’histoire : en brodant sur le refrain mbalax de la chanson, des airs classiques de « Njuug » sérère, de « delya » pulaar, de « mansaane cise » casamançais, Viviane semble vouloir nous (dé)montrer l’unité de la rythmique sénégalaise à travers la pluralité et la variété des danses régionales, la symphonie arc-en-ciel d’une Nation réconciliée ! D’ailleurs, cela ne nous surprend pas de la part de Viviane : vous vous souviendrez que son premier succès « Sargal goor ñi » est un chef-d’œuvre de poétique traditionnelle wolof dont elle avoue que les paroles lui avaient été inspirées par sa grand-mère : c’est donc une initiée, « magga ko yar ! »

 

Pour conclure, mes chers enfants de Birago (notre modèle à tous de conteur sénégalais !), à travers et au-delà du mbalax, la chanson traditionnelle et moderne « Buubu Ngaari » est une des multiples facettes de l’école de la vie.

 

J’invite enfin tous les lecteurs à fouiller dans leur mémoire pour nous livrer d’autres secrets, d’autres leçons encore de la belle histoire de Buubu Ngaari.

 

Tonton El hadj Mbengue

 

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Dernière modification : 05 February 2014