JEREJEF ET JARAWLAKK

 

Maam Bamba jërëjëf

Seex Ibra Faal jaraw lakk !

 

Je devine votre étonnement à lire, sous la plume d’un lébou bon teint, lébou de Dangou de surcroît (Dangou, un des 12 penc de Rufisque, Tëng bi ci geec, quartier bien connu des amateurs de lutte traditionnelle mbapat), cet hommage célèbre au Fondateur de la confrérie mouride et à son non moins célèbre disciple et Premier lieutenant !

Les lébous sont connus en effet pour être en général des adeptes de Seydina Limamou Laye de Yoff, voire des tidjanes plus ou moins fraîchement convertis par les marabouts toucouleurs Sy, s’ils ne sont pas carrément d’inconditionnels pratiquants du ndëp des ancêtres. Toutefois, nous comptons dans notre diaspora (eh oui, nous en avons connu aussi, de diaspora, depuis les lointaines terres de Libye, selon Cheikh Anta Diop lui-même, en passant par Jolof-Mbengue, jusqu’à la Presqu’île du Cap-Vert où fut enterré à Bopp la tête de Tamba Sané, dernier des résistants socés à l’exode lébou !), nous comptons donc d’illustres lébous-mourides, voire baay-faal, comme le chanteur Makhou Fall, qui allie harmonieusement le ndawrabbin de Yoff au sujaajatun sujjajaat de Touba !

Or donc, n’étant pas mouride moi-même, je laisserai à des voix plus autorisées le soin d’entonner les lancinantes mélopées des Khassaïdes du vénéré saint de Touba.  Je me limiterai seulement et modestement à une tentative d’exégèse de ces expressions bien de chez nous que sont  « jërëjëf » et « jar aw lakk » !

La première semble plus connue, car elle pourrait provenir littéralement de « jar a jëf  », c’est-à-dire ce qui vaut la peine d’être fait, sauf à noter que le son [a] de « jar a jëf » se serait fermé en [ë] sous l’attirance euphonique du mot suivant, jëf.

Ainsi donc, Maam Bamba jërëjëf ! Merci pour l’œuvre accomplie par Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, et qui lui vaut la gratitude éternelle de tous ses disciples de par le monde !

Quant à « jar aw lakk », que l’on adresse à la ménagère sénégalaise qui a su vous gratifier d’un succulent repas en bravant les brûlures de la préparation au feu de bois ou au brasero, il faut y lire littéralement « cela vaut bien une brûlure !  » D’ailleurs, à ce galant « jaraw lakk », la ménagère sénégalaise, civilisée jusqu’à la moelle des os (Senghor dixit) vous retournera le compliment en répondant : « na sedd ak jamm », souhaitant que s’apaisent les brûlures que vous-mêmes avez bravées, à la main, au palais, à l’estomac… pour faire honneur à son repas...La réponse « na rees ak jamm », (Digère en paix !) qu’on entend parfois à « jarawlak », est une mauvaise réponse car elle correspond en réalité à « suur naa këll » (je suis plein comme une calebasse, j’ai bien mangé, walay !), car seule une bonne digestion peut ramener à ses premières et justes proportions l’estomac bien distendu par le festin !

 

Seex Ibra Faal jaraw lakk ! Le compliment n’est donc pas de trop, quand on sait combien le disciple s’est dévoué corps et âme pour son vénéré Maître :

« Keroog la Seex Ibra naan ko Xadiimu

Bayyil ma naan geec gi Mbacke mannaa ko ! »

Traduction libre (en attendant les corrections de El Hadj Thiam ) :

C’est ce jour-là (jour de l’exil vers Mayombé, au Gabon), que Cheikh Ibra dit à Bamba : « Laisse-moi donc avaler la mer, Mbacké, puisque par ta grâce je le puis » !

 

Terminons ce billet sur une note plus festive, par un de ces bons mots attribués à Serigne Mansour, Borom Daarayi :

« Dara ja, bu la jaralul dara, doo ca am dara »

Traduction libre  (bis El Hadj Thiam) :

Si tu ne donnes pas à la valeur son dû, elle ne te le revaudra pas !

 

Et bonne fête d’indépendance à tous !

 

El Hadj Mbengue

 

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Dernière modification : 05 February 2014