YEELI  MAAM

 A la faveur de la célébration du 45e anniversaire de notre indépendance nationale, royalement organisée par Son Excellence notre nouvel Ambassadeur Abdourahmane Sow, j’ai découvert presque fortuitement le, sinon un des sens profonds de l’expression « Ana sama yeeli maam ? ». Je m’étais souvent demandé en effet d’où venait cette curieuse expression, sans y trouver de réponse vraiment satisfaisante. Etait-ce une allusion aux jambes (puisque  yeel signifie tibias) percluses de fatigues et de rhumatismes des grands-pères et grands-mères, gâteurs devant l’éternel de leurs petits enfants ? Puis en discutant ce fameux soir de festin avec Doyen Mandiémé (soit dit en passant, l’honorable Nelson Mandela d’Afrique du Sud a peut-être quelque lointain ancêtre chez les Wolofs du Sénégal, puisque son nom est formé sur le même modèle que nos Ma-Penda, Ma-Demba et autres Ma-Ndeela !), en rassurant donc Doyen Niang qu’il aurait sa part du gâteau d’anniversaire de ses petits-enfants jumeaux dont on avait fêté sans lui la première année d’existence tunisienne, qu’il aurait  « sa part du taureau » (sa walla ci nak wi), l’étincelle a jailli : « yeeli maam », ce serait donc la part de grand-père, comme l’os de Mor Lam de l’ancêtre Birago Diop !

 

« Fais le cuire lentement, longuement, doucement… » ! Qui ne se souvient en effet du redoutable coup de pied dont Mor a failli écoper lorsque, les jeunes du village ramenant au penc le taureau attaché par plusieurs cordes, il est allé vaillamment tâter le jarret du fougueux animal, la part qu’il convoitait en sa gourmandise scientifique de faaleen (il aurait dû d’ailleurs s’appeler Mor Fall, ou Diagne, ou Ndoye, voire Niang, parents à plaisanteries – kal - préférés des Mbengue) ? J’ai dit gourmandise scientifique, car, il faut quand même le reconnaître, y a-t-il morceau plus doux, plus fondant dans la bouche d’un maam vieillissant qu’un jarret de bœuf, lentement et longuement cuit ??? Et là, mes amis, foi de kal kallantu,  c’est le mbengeen qui a longtemps fréquenté les ndoyeen qui parle, sinon moi-même je ne connais rien d’autre que l’eau et le couscous « cere ».

Dans la division du travail si joliment chantée par Ndiaga Mbaye, « ragalal sa baay, te yërëm sa yaay » (révère ton père – crainte et respect – et aie pitié de ta mère !), nous grands pères et grands-mères pourrons donc réclamer nos « yeeli maam » à chaque grande fête de la famille, en récompense aux multiples et incessantes gâteries que nous faisons à nos petits enfants !

Bonne fête d’indépendance à tous !                                               Maam El Hadj Mbengue

 

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Dernière modification : 05 February 2014